13 mai 2026

De la nécessité de documenter son travail

De la nécessité de documenter son travail.

Je me rends compte que j’ai presque vingt ans de présence sur la scène artistique guadeloupéenne.
2007–2027, si l’on compte réellement les années.
Il y a eu une décennie de pause apparente, de silence créatif visible, durant laquelle mon métier d’enseignante a exigé toute mon énergie et mon attention, sur un poste à responsabilité. Mais le silence n’est pas l’absence. Quelque chose continuait à se construire intérieurement.
Alors non, cela ne s’appelle plus être une artiste émergente.
Depuis 2022, je suis revenue pleinement à la création et à l’exposition. Et en regardant le chemin parcouru, je comprends qu’une œuvre s’est constituée au fil des années : une œuvre atypique, reconnaissable, traversée par des préoccupations constantes autour du corps, de la mémoire — personnelle, collective, historique —, du rituel, de la transformation et des traces laissées par nos existences.
Je comprends aussi que j’ai développé des concepts et des formes qui me sont propres.
Les Mofwazajs, présents autant dans ma vie civile que dans mes apparitions performatives.
Les Interférences, forme d’acte performatif silencieux où le performeur n’agit pas de manière perturbatrice, mais devient perturbation par sa seule présence. Une présence décalée, incongrue, silencieuse, qui modifie la perception de l’espace et du réel sans interrompre le cours des choses.
Je pense notamment à :
And Despite That I’m Still Single — conférence du CEREAP, Gosier, 2010 ;
La Fiancée de la Mort  et Dark Queen — Carnaval de Marie-Galante, 2022.
Il y a aussi mes zombis urbains, en peinture et dans un travail sur grille et grillage, figures de circulation, d’enfermement et d’errance contemporaine.
Mes croix, explorées comme témoins de nos dysfonctionnements sociétaux, de nos fractures et de nos contradictions collectives.
Mes tòchs, où l’objet usuel, dérisoire, quotidien, devient objet esthétique et objet transitionnel.
Et puis les poupées d’artiste, sur lesquelles je travaille encore aujourd’hui, liées de manière profonde au corps, au rituel, à la mémoire collective, aux transmissions visibles et invisibles.
Je ne crée pas ex nihilo.
Je crée grâce — ou à cause — d’une forte nécessité intérieure.
Aujourd’hui, je ressens donc un besoin urgent d’acter tout cela.
Archiver, identifier, nommer, documenter, protéger aussi ,non pas pour figer l’œuvre, mais pour lui permettre d’aller plus loin.
Documenter son travail, ce n’est pas seulement conserver des traces. C’est reconnaître la cohérence d’un parcours. C’est accepter que ce qui a été produit possède une existence réelle et une portée.
C’est aussi une manière de reprendre autorité sur sa propre parole artistique.
Sav sa ou ja fè pou vansé pli douvan.
Je suis Nikki Elisé.
Et j’embrasse aujourd’hui, avec humilité, l’œuvre que je suis en train de construire, en espérant la mener encore plus loin.

11 mai 2026

Arte povera antillais ?







Arte Povera antillais? 



On m a dit que mon installation, " Ce qui ne reviendra pas ", présente en ce moment et jusqu'au 13 juin au Fonds d Art Contemporain à Saint Claude, évoquait de façon originale les oeuvres issues du mouvement italien, l'arte povera. 

L’Arte Povera, c'est à la base, ce mouvement italien des années 60-70 qui utilisait des matériaux “pauvres” : terre, bois, chiffon, végétaux, cire, corde, rouille, feu… Mais “pauvre” ne voulait pas dire misérable. Ça voulait dire : sortir de l’art spectaculaire, industriel, bourgeois, décoratif. Revenir à la matière vivante, au temps, à la transformation, à l’énergie brute des choses.
Mon travail convoque assurément la matière, le végétal, le minéral, mais en plus de tout cela, je revendique une culture, un territoire dans mes gestes qui reprennent des gestes ancestraux : tresser le tissu, amarrer les fagots et une dimension rituelle également par mes suspensions ...Nou la, nou souké an péyi lasa ...

Créer et se trouver

Le vivant ne respecte pas toujours la hiérarchie des beaux-arts.



En grosse réflexion sur mon travail des dernières années. Là où je pensais être dans des essais, des recherches déconnectées les unes des autres je trouve , au contraire , beaucoup de cohérence.
Ici mes affiches , technique mixte sur papier, avec d une part ma mythologie personnelle qui se construit, le chien jaune, les cauris ( sur d autres oeuvres) la case, les corps destructurés ou en déséquilibre, les feuillages... d 'autre part, le fait que ma peinture sur papier soit plus brute plus instinctive que ma peinture sur toile ...plus " efficace " et rapide aussi ...Et c'est tres bien comme cela ...

25 avr. 2026

Ce miroir qu'on te tend : saisis le !

Cette semaine, j'ai opportunément reçu de nombreux avis sur mon travail tant pour le côté peinture et plastique que pour l'axe performatif. Merci à tous. 

" Nikki...dans tes œuvres textiles sur grillage...les corps ne cèdent pas...ils semblent frémir dans la contrainte. Le grillage retient...mais laisse passer un souffle...une échappée... et ton fil s’y accroche...comme une persistance du vivant. Rien n’est tout à fait enfermé...rien n’est tout à fait libre...seulement cet instant fragile où le corps insiste...plus vivant que jamais... Bravo mon amie pour la justesse de ton travail...pour cette manière rare de ne rien trahir de ce qui t’habite." Lucien 

Et aussi: " Que retenir de ton travail ? Une pratique performative incarnée qui explore, à travers le corps et le rituel, les tensions entre mémoire, identité et histoire dans l’espace afro-caribéen, dans une logique d’irréversibilité et d’expérience directe." Alex
"Ne rien trahir de ce qui m'habite" je crois qu' effectivement,  c'est l'un de mes moteurs. J’ai pour le corps humain, cette divine enveloppe, un intérêt passionné.Le corps à l'épreuve,  le corps résistant,  le corps blessé,  malmené, corps et mémoire,  corps et territoire, je n'aurai sûrement pas assez de toute une vie de création pour tout explorer, tout confronter.
Comme je le disais à certains amis artistes, je reprendrai bientôt mes expérimentations et mon travail de création autour du grillage, le temps de finir mes préparatifs, et d'honorer les événements auxquels je participe en mai et juin prochain.Ce travail singulier alliant grillage métallique et tissu m'avait intéressé au plus au point en 2009 -2011. Je voudrais l' explorer encore plus profondément. 

12 avr. 2026

Go for it girl







Ce n’est plus une vie, même pas seulement artistique.

C’est un maelström, un tsunami qui m’emporte.

Ma grand-mère, mon incontournable, mon indispensable Mémé, disait :« Sa ki la pou w, dlo paka chayé y. »

Les opportunités se précisent. Elles sont plus pressantes aussi .J’ai la sensation d’avoir mûri, grandi dans ma pratique — d’entrer, enfin, dans la cour des grands.

Je travaille actuellement à une installation qui sera présentée le 7 mai au Fonds d’art contemporain de Saint-Claude :
« Ce qui ne reviendra pas »

Une création qui questionne ma vision de l’irréversible et de la mémoire.

Des matériaux organiques : des branchages en suspension- en tension.Un disque noir au sol, du sable, des photographies déchirées.

Ici, le geste ne se corrige pas: il tranche, il marque. Comme le temps, plus lent, qui agit sur le végétal, le transforme, le défait.

Rien ne revient.
Tout laisse trace.


 

1 févr. 2026

Les âges de la Femme

 Les âges de la Femme: part 3 .L'écriture. J'ai commencé le travail d'ecriture sur les pieds de la table. Dans un mood à la Ben. Très fort moment d'introspection. Qui suis- je en tant que femme, quelles blessures m'ont construites, quelles valeurs m'ont portée? Du point de vue technique ,cest aussi tres intéressant. Les mots deviennent medium et occupent un espace donné. 



 La question du sens ( orientation ) et du sens ( signifiant) est prégnante. Last not least, cette oeuvre est dans le droit fil d'une maxime antique que j'adore: " Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouvé " . Je continuerai donc avec d'autres supports ou mode d'expression ( performance ) à travailler ce thème.


17 avr. 2025

Atelier soleil levant

 


Posée à l entrée de l Atelier no make up, tranquille et vraie. J adore ce moment qui va devenir un de mes rituels .Le soleil levant est comme une caresse sur ma peau . J entends mon voisin qui ouvre ses volets.Il a de la chance ,je ne chante pas le matin . Hier soir c était Rum and coca cola de Belafonte ou Russians de Sting en boucle à passé  20h Misyé dwèt ka mandé y sa i fè bondyé ! Et puis les oiseaux font déjà un beau concert matinal .

J ai rajouté sur ma planche à peindre verticale une feuille à palabres pour noter  mes pensées idées etc pendant la création en cours de mon diptyque. L écriture est très présente dans ma vie . J y viendrai un jour de façon plus structurée. 

Ps Le caillou..Le gardien de l Atelier.  Offert par Matteo mon Junior. Il sera content de le retrouver dans deux semaines.

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